1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

 

Éditorial


Jardins d’écritures au féminin 


  Françoise Urban-Menninger

 

 

 

  Tryptique1 

©Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 

 

 

 

Suzanne Prou nous rappelle dans son livre Le cygne de Fanny qu’en Angleterre où les jardins sont particulièrement soignés, cinquante-cinq pour cent d’entre eux sont l’œuvre de femmes ! « Il est vrai », ajoute-t-elle, « que le jardinage s’accorde au caractère féminin ». Est-ce la frustration d’avoir été chassées du jardin d’Éden mêlée à une certaine nostalgie qui incite les femmes à apprivoiser des parcelles de terre jusqu’à s’identifier à leur jardin qui devient alors le terroir d’une rêverie intérieure, voire celui d’une écriture poétique comme chez Anna de Noailles : « Mon cœur indifférent et doux aura la pente / Du feuillage flexible et plat des haricots » ou encore « Et ce sera très bon et très juste de croire / Que mes yeux ondoyants sont à ce lin pareil / Et que mon cœur ardent et lourd est cette poire / Qui mûrit doucement sa pelure au soleil ».

 

 

Nombreuses sont les auteures qui ont ainsi lié sur le même terreau de l’âme leur écriture et leur jardin pour nous offrir des œuvres rares à la flagrance qui embaume jusqu’aux plis secrets de notre mémoire.

Il en est ainsi de Katherine Mansfield, d’Elisabeth von Arnim, sa cousine, de Virginia Woolf, d’Edith Holden bien méconnue, qui tint un merveilleux journal champêtre en 1906 et se noya en 1920 en voulant cueillir une branche de châtaignier sur une berge de la Tamise…

Suzanne Prou nous confie dans son opuscule si précieux dédié aux jardins que bien des émotions de l’enfance sont liées à des jardins. Ce sont ces émotions, à l’instar de la petite madeleine de Proust, qui conduisent bien souvent la main des femmes du sécateur à la plume et nous permettent de renouer avec nos propres souvenirs. Il en est ainsi des écrits d'Aude Kalfon, de Michel Loetscher, de Véronique Ejnès ou de Marie Gossart et de bien d’autres participant(e)s à ce bouquet de senteurs où Aurélie-Ondine Menninger évoque avec bonheur les sonnets de Silvina Ocampo tandis que Bérangère Thomas nous émerveille avec sa fable de l'arbre et Giovanna Bellati nous ravit avec Les jardins poétiques d’Ada Negri…  

 

Plus de 30 participant(e)s ont répondu à l’appel des « Jardins d’écritures au féminin » et on retrouve chez chacun(e) cette musique particulière qui nous renvoie dans les allées enchantées de nos réminiscences où nous nous plaisons à côtoyer les Demoiselles de Berckheim auxquelles Laure Hennequin-Lecomte redonne vie dans un très beau texte.


Quant à Maximine, elle est pour moi l'une des figures tutélaires qui hante les allées de ce jardin en patchwork de poèmes, d’articles, de nouvelles… Christian Bobin qui rédigea la postface de son recueil L’ombre la neige (éd. Arfuyen), lui rendit un merveilleux hommage en écrivant : « Votre écriture est un jardin ». Il suffit de relire Un Cahier de pivoines pour se rendre compte que ces fleurs folles, ébouriffées, insolentes représentent l’auteure et ses sentiments les plus extrêmes !

Si les lecteurs sont invités à cueillir ici et là des fruits de lumière entre les lignes, ils découvriront que l’ombre distille parfois ses poisons telles des fleurs vénéneuses, nous rappelant ainsi que du jardin des délices à celui des supplices, le verbe a parfois le goût amer…

 

Dans les jardins de l’écriture n’oublions pas que les morts et les vivants y parlent dans cette langue végétale qui, de la terre au ciel, laisse à la femme la part belle du poème qui ondoie dans sa parure de verdure.

Puissent les textes publiés par Le Pan Poétique des muses nous enchanter et réenchanter notre quotidien malade et en perte de repères où, plus que jamais écrire de la poésie, des nouvelles, ou écrire tout simplement, devient le signe d’une véritable résistance ! Que tous les auteur(e)s, illustratrices, illustrateurs soient ici remerciés et plus particulièrement Dina Sahyouni sans laquelle cette revue n’aurait jamais vu le jour !

 

 

Pour citer ce texte

 

Françoise Urban-Menninger,  « Jardins d’écritures au féminin », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-jardins-d-ecriture-au-feminin-117752839.html/Url. http://0z.fr/e8FGW 

 

Auteur(e)


Françoise Urban-Menninger, est poète et nouvelliste, auteur d'une vingtaine d'ouvrages de poèmes et de nouvelles. La plupart ont paru chez Éditinter, le dernier recueil de poèmes en date est De l'autre côté des mots. Elle anime des ateliers d'écriture à Strasbourg où elle est critique d'art pour la revue Transversalles, elle rédige également des critiques littéraires pour la revue électronique Exigence-Littérature et collabore au Pan poétique des muses et à la SIEFEGP

 

 

 Vidéopoème par Pierre Louis Aouston

Extraits du recueil L'heure du jardin de Françoise Urban-Menninger


©Tous droits réservés

 

 

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Nouvelle

Mon beau jardin

 

Aude Kalfon 

 

 

 

jardin 5

©Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 


 

Monsieur le Procureur Général près la Cour d'Appel de Douai, 

 

Par la présente, j'ai l'honneur de former un recours contre la décision de classement sans suite prise par le Procureur de la République de B. concernant ma plainte pour destructions et dégradations. 

Je tiens à signaler qu'après un temps de répit, les faits ont recommencé. Dans l'avis de classement, il est mentionné que la personne qui a commis l'infraction n'a pas été identifiée. Pourtant, il me semble qu'un soir, une patrouille de police est intervenue et que les agents 

ont relevé l'identité des jeunes présents à ce moment-là. 

 

J'ai 88 ans. J'entretiens mon potager depuis plus de cinquante-cinq ans. Il est ma vie. Je pensais terminer celle-ci tranquillement. Mais ces incivilités répétées me perturbent, elles influent négativement sur ma santé. Je me sens abandonnée, impuissante, non considérée. Mon travail est piétiné, il y a de quoi déprimer ! 

Lors d'une réunion de quartier, monsieur le maire s'est déclaré incompétent sur la question. Si la mairie n'est pas concernée, si la police ne peut rien faire, mon cas devient désespéré. Pourtant, il me semble que le problème pourrait être facilement résolu en interdisant efficacement l'accès de la cour de l'école, en instaurant des patrouilles de police régulières, ou en installant un filet de protection au-dessus de la clôture entourant la cour de l'école pour empêcher le ballon d'atterrir dans mon jardin. 

Veuillez agréer, monsieur le Procureur Général, l'expression de ma considération distinguée. 


 

Eva Krupa épouse Zurek 

3 rue Claude Monet 

L. (Pas-de-Calais) 

*

La loi confie au procureur général le traitement des recours contre les décisions des procureurs de la République de son ressort qui, pour une raison ou une autre, ont choisi de ne pas faire examiner les plaintes par un tribunal, mais de classer les procédures. Exercer cette tâche au nom du procureur général n'entre pas dans mes attributions habituelles. Mais le magistrat qui les examinait a été muté, il n'a pas encore été remplacé, et avec un autre collègue, nous nous sommes partagé ses fonctions.

Chaque matin, des piles importantes de dossiers arrivent sur nos bureaux. Pour éviter d'être noyés, nous nous efforçons d'évacuer les piles sans tarder, expérimentés que nous sommes devenus dans la lecture rapide des procédures.

D'où vient que mes gestes machinaux s'arrêtent après que j'ai parcouru la lettre envoyée par madame Zurek, que mon regard se détourne du bureau pour s'orienter vers la fenêtre et au-delà d'elle, vers les toits de la ville ? Je sens immédiatement que je ne vais pas pouvoir traiter ce courrier de la même manière que les précédents.

Oui, je suis émue qu'une dame s'adresse à l'autorité lointaine, mystérieuse, appelée « procureur général », pour lui faire part de l'amour qu'elle porte à son potager, à son jardin, et qu'elle puisse considérer qu'une telle autorité est susceptible d'être attentive à l'exposé des troubles subis par ce lieu si cher. Cette dame a l'âge de ma propre Maman, qui a dû abandonner la maison de plain-pied qu'elle avait occupée pendant plus de cinquante ans et le jardin qui l'entourait pour rejoindre un appartement sans balcon ni terrasse. Quel chagrin pour ma mère de ne plus pouvoir toucher la terre,

biner et observer les fleurs au fil des saisons !

J'en ai assez des réponses institutionnelles, dont on se demande si elles sont en mesure de prendre en considération l'être humain. Peu à peu germe en moi l'idée d'aller vérifier sur place si la situation de madame Zurek est aussi digne d'intérêt que je le pressens.

C'est cela : moi, Catherine Guitton, avocate générale près la cour d'appel de Douai, je me rendrai samedi prochain à L., ville minière que je n'ai pas encore eu l'occasion de visiter, et je passerai par la rue Claude Monet.

 

Ne disposant pas de GPS, je regarde avant de partir le plan que j'ai imprimé à partir d'un site internet. Je repère la manière dont je dois quitter l'autoroute. J'observe que la rue Claude Monet fait partie d'un entrelacs de voies et qu'il me faudra être particulièrement attentive pour ne pas m'y perdre.

Voilà, j'ai pris la voiture, j'ai quitté Douai et je viens d'abandonner l'autoroute. Je passe devant les deux terrils célèbres en raison de leur gémellité. Le quartier de L. où habite Madame Zurek est situé à proximité de celui d'entre eux qui est encore gris foncé, alors que l'autre a été recouvert de végétation. Une fugitive sensation d'oppression m'empoigne : il ne doit pas être facile de vivre à proximité d'une telle masse sombre, qui apparaît menaçante.

Je ne réussis pas à trouver immédiatement la rue Monet. Mais les écriteaux au début de chaque voie portent des noms de peintres. Je ne dois pas être loin. Il est de toutes façons préférable de ne pas me garer à proximité immédiate de l'habitation recherchée. Des rues droites, perpendiculaires entre elles, quadrillent le quartier. C'est un ancien coron, dont les maisons sont jointes deux à deux.

Chaque paire est séparée de l'autre par un espace. Toutes les maisons sont entourées d'un jardin. Il y a peu de mouvement, une ou deux voitures, une ou deux mobylettes. Les lieux paraissent bien paisibles en cette matinée de fin de semaine.

Je suis maintenant dans la rue Monet. J'aperçois une silhouette baissée près d'un arbre. Je m'approche. Serait-il possible que Madame Zurek soit justement cette silhouette ? Aucun doute : je marche sur le trottoir de l'autre côté de la rue et je constate que le numéro de la maison au niveau de laquelle la personne se trouve est celui du courrier adressé au procureur général. La silhouette s'abaisse et se relève. Elle tient un balai dans une main et de l'autre, elle retire les mauvaises herbes autour de l'arbre.

Madame Zurek est grande. Elle a des cheveux gris, mis en plis. Elle porte des lunettes, une jupe jusqu'en haut des mollets, évasée et à petites fleurs, ainsi qu'un tablier. Ses jambes, longues et fines, aux varices apparentes, sont à l'air. Un morceau de sparadrap est fixé au talon gauche. Ses pieds sont chaussés de mules en tissu, également fleuri.

Au moment où je passe, elle lève la tête et regarde de mon côté. Nous nous disons bonjour.

Évidemment, Madame Zurek doit être à mille lieux de penser qu'elle vient de faire un signe de tête à la personne qui a réceptionné son courrier et qui réfléchit à la réponse qui pourrait lui être donnée.

Je suis vêtue d'un jean, d'un pull marin de coton à rayures gris clair et blanches, de sandalettes confortables. Avec une telle tenue, ma taille moyenne et mes cheveux châtain coiffés à la Louise Brooks, je ne ressemble sans doute guère plus à un magistrat qu'à vélo, quand je prends celui-ci pour aller au travail !

La maison de cette dame forme un angle. Toujours en adoptant la démarche naturelle de la personne qui sait vers quelle destination elle se dirige, j'oriente mon parcours de sorte à pouvoir emprunter la rue perpendiculaire. C'est la rue où de l'autre côté de l'habitation, se trouve l'école. Je continue à marcher dans cette nouvelle rue, puis dans la suivante. Cela me permet de découvrir le jardin de Madame Zurek. Mon coeur se serre, car il est effectivement le plus beau des jardins. En tout cas le plus beau de ceux que j'ai observés depuis que j'ai garé la voiture. Un charmant jardin de curé.

Composé d'une partie potager, avec des rangées rectilignes, comprenant notamment des plants de tomates et de haricots. Ailleurs foisonnent les fleurs du mois de Marie, des pivoines rouges et blanches, des iris mauves, des marguerites, des ancolies roses et violacées, des agapanthes. La clôture est formée d'un grillage et d'une haie, pas très élevés. S'épanouit aussi un noisetier à feuilles rouges. Mais les panicules de deux lilas blancs sont fanées.

Je reviens sur mes pas, pour me retrouver devant l'habitation. Madame Zurek est rentrée, je peux plus facilement observer sa maison, qui a été construite avec des briques rouges. Autour des fenêtres et dans la partie supérieure du bâtiment, des briques beiges et d'un rouge plus clair forment des motifs géométriques. La porte d'entrée est encadrée par des arbustes, desquels jaillissent des roses dodues, purpurines et jaunes.

Il me faut m'éloigner. Je n'ai plus rien à faire à cet endroit. Toutefois, je n'ai pas envie de rejoindre immédiatement ma voiture. Je marche, sans trop savoir où mes pas me conduisent. J'aborde une artère rectiligne, au bord de laquelle un épicier ambulant s'est arrêté, rassemblant autour de son véhicule quelques personnes. Très loin, au bout de cette avenue, s'élance un chevalement chapeauté d'un campanule. Je me dirige dans sa direction. Le coron, bien que situé en hauteur, était sans horizon. Celui-ci surgit, là et maintenant.

Je n'entends pas les voitures. Je suis dans mes pensées. Je comprends mieux le problème exposé par la requérante dans son courrier : alors que l'école est fermée, des enfants ou des adolescents en escaladent sans doute les grilles pour jouer au ballon dans sa cour goudronnée. Intentionnellement ou pas, ils lancent avec force le ballon vers la propriété de Madame Zurek. Il atterrit dans le jardin. La clôture n'étant pas suffisamment élevée, les jeunes recherchent leur bien sans se préoccuper des dégâts qu'ils commettent.

 

Soudain, je ne sais comment cela se produit, j'entends un murmure. À la fois dans mon cœur et à mes oreilles, l'âme de Madame Zurek se met à chuchoter quelque chose :

— « Je suis née en 1923 à Towska Wilschana. À l'époque, cette ville était située en Pologne.

Maintenant, elle appartient au territoire ukrainien. Mes parents sont d'abord partis exploiter les mines de charbon de Westphalie. Puis, comme tant d'autres mineurs polonais expérimentés, ils ont été appelés par le gouvernement français pour venir travailler dans le nord de la France, en raison des pertes humaines importantes laissées par la première guerre mondiale.

Lorsque les compagnies des mines ont décidé de construire elles-mêmes des maisons pour leurs ouvriers, elles ont pensé à leur adjoindre un jardin. Le jardinage était encouragé pour éviter que le mineur, après sa longue journée de travail dans la fosse, ne se rende le soir à l'estaminet du coin.

Une coupe en argent était attribuée au jardinier amateur ayant fourni non seulement le meilleur travail, mais aussi le travail le plus soutenu durant le plus de temps. À chaque fête des jardins, la coupe changeait de mains. Celui qui la transmettait en recevait une copie destinée à lui rappeler qu'il avait, un jour, gagné le concours.

Connaissez-vous le goût de mes compatriotes pour les fleurs, qu'ils offrent aux hommes comme aux femmes ? Une maison polonaise ne se conçoit pas sans fleurs. Entourant ses murs, elles accueillent le visiteur, dont elles réjouissent l'œil. Autrefois, ici comme ailleurs dans le bassin minier, les habitations des mineurs venus de Pologne étaient plus fleuries que les autres. Leur potager avait un dénominateur commun : les choux, les concombres et la marjolaine. Ah, quelle odeur prégnante que celle des choux !

Chaque samedi à heure fixe, la compagnie des mines imposait aux riverains de sortir les balais pour nettoyer les caniveaux, encombrés des poussières de charbon. Un employé de la mine faisait couler l 'eau depuis la pompe. Les femmes en profitaient pour laver la surface du trottoir en brique. Ah, comme ma mère s'échinait, comme elle s'efforçait que son bout de trottoir soit aussi net que celui de ses voisines françaises ! Elle se sentait responsable de son trottoir comme du sol de sa maison.

J'ai encore le rectangle de lin sur lequel elle avait brodé au point de tige une marmite fumante reposant sur un fourneau et les mots de l'adage « où règne la propreté, tout est meilleur ».

Voilà pourquoi vous m'avez trouvée ce samedi matin dehors à balayer le trottoir. Voilà pourquoi je suis attachée à mon jardin, à l'embellir. Et puis, autrefois, sur les places autour des pompes à eau, les garçons s'exerçaient au football avec une simple boîte de conserve, ou avec un ballon qu'ils avaient confectionné en roulant ensemble des morceaux de chiffon. Leurs tirs ne pouvaient entraîner des dégâts pour nos fleurs. »

Sur le chemin du retour, ayant repris le volant de ma voiture, je pense :

— « Cette affaire n'a d'importance que pour Madame Zurek et pour moi. Comment convaincre d'autres personnes d'y consacrer un peu de temps et d'attention ? »

 

Au parquet général de Douai, nous avons élaboré deux lettres-type pour traiter les recours contre les décisions de classement sans suite. La première, nous l'adressons au requérant. Nous accusons réception de sa requête et lui expliquons que nous allons demander au procureur concerné la copie de la procédure et ses observations sur les mérites du recours. La seconde, nous l'envoyons au procureur pour lui réclamer effectivement cette copie. En général, nous réussissons à faire partir ces courriers dans les quinze jours de l'arrivée du requête. Mais la réponse du procureur, elle, ne nous parviendra pas avant deux mois.


Je connais bien l'adjoint du procureur de B. J'ai antérieurement travaillé avec lui et il a décelé en moi le grain de folie qui, soudain, peut me faire sortir des sentiers habituels. Par chance, il vient à la cour d'appel de Douai la semaine prochaine. Il va frapper à la porte de mon bureau pour venir me saluer. Aussi, je lui prépare une copie de la requête.

Mon collègue ne semble pas surpris outre mesure par l'histoire que je lui raconte et mon transport incognito sur place. Pour le moins, sa bonne éducation l'incite à ne laisser paraître aucun signe d'étonnement. Dès le lendemain, il m'adresse par fax les copies des procès-verbaux établis par le commissariat de police de L.

 

Alors je dus reconnaître que la procédure n'avait pas été mal diligentée. Madame Zurek était venue déposer plainte en novembre de l'année précédente pour des faits commis à plusieurs reprises depuis le printemps de la même année. Elle expliquait que les adolescents reprenaient eux-mêmes le ballon dans son jardin en endommageant la clôture. Ils piétinaient les légumes. Quand elle leur faisait part de son mécontentement, ils l'insultaient, la traitant de « vieille pute ». Parfois, excédée, elle leur confisquait l'objet de ses tourments et le cachait dans sa remise. Mais une fois, ils avaient forcé la porte de celle-ci, et brisé la tôle de la toiture.

La difficulté était que madame Zurek ne pouvait donner aucun élément permettant d'identifier ces jeunes. Le maire de L. était intervenu avec énergie au près du commandant de police :

— « Cette affaire doit être traitée prioritairement. Il en va de la tranquillité de mes administrés. Je suis intransigeant sur cette question. Je compte sur votre collaboration efficace. Le problème sera évoqué lors de la prochaine réunion avec les forces de l'ordre. »

Aussi les services de police avaient repris contact avec Madame Zurek, qui les avait assurés que le calme était revenu. Dans un procès-verbal, le sous-brigadier en charge de l'enquête mentionnait :

— « Nous avons vivement conseillé à la victime de faire le 17 dès que les jeunes pénètrent chez elle pour que nous puissions intervenir rapidement. Sur instructions du chef de la circonscription de police, des patrouilles de police accordent une grande attention à ce quartier proche du domicile de la plaignante, personne âgée. »

 

Que pouvais-je faire d'autre ? Madame Zurek reçut de ma part le courrier suivant :

 

Madame,

Votre courrier a retenu toute mon attention. Je me suis fait communiquer la copie de la procédure qui avait été établie. Le problème que vous exposez comporte deux aspects :

D'une part, pour qu'une personne puisse être poursuivie devant un tribunal, il faut l'identifier et recueillir des éléments démontrant sa participation aux faits qui lui sont reprochés. En ce qui concerne les adolescents qui pénètrent dans votre jardin, vous devez, dès que vous en faites la constatation, appeler le 17 pour qu'une patrouille puisse se rendre rapidement sur place et procéder à des identifications.

D'autre part, il convient de comprendre pourquoi des jeunes jouent au ballon dans la cour de l'école située à proximité immédiate de votre domicile, alors que cela leur est interdit. Aussi, j'adresse au procureur de la république de B. la copie de la présente réponse en l'invitant, lors de ses rencontres avec le commissaire de police et le maire de L., à évoquer les incivilités dont vous êtes victime pour examiner comment elles pourraient être empêchées en amont.

 

Veuillez agréer, Madame, ….

 

Madame Zurek comprit-elle, même furtivement, que ma réponse, bien qu'exprimée en termes institutionnels, envoyée dans le délai d'un mois, délai inhabituel pour le contentieux des recours contre les décisions de classement sans suite, résultait d'une attention fort émue au problème qu'elle avait exposé ? J'en doute. Mais aussi, pourquoi me suis-je enlacée, depuis maintenant plusieurs années, à une cour d'appel, c'est-à-dire à un lieu où on a peu de prise sur la réalité ? Pourquoi ne puis-je réussir à desceller les barreaux de cette prison ?

 

   

Pour citer ce texte


Aude Kalfon, « Mon beau jardin », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013. Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-mon-beau-jardin-117752848.html/Url.

 

Auteur(e)

 

Aude Kalfon

 

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes


À te voir

 

 

&


La muse et le poète 


 Khalifa Baba Houari 

 

 

jardin 6 72

©Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 

 

 

À te voir


 

 

À une femme de l'autre bout... 


 
 

À te voir

Les cerisiers fleurissent en été

Ils acceptent une seconde floraison

Ils s’insurgent contre la saison

Et leur destin

Dans le jardin

Déploie une toison

Sur laquelle s’étend la muse


 

*****
 

Rose rose

Des pétales jusqu’à la tige

À te voir

Mon pauvre sang se fige


 

   

*****


 

Le printemps et l’été

Tous les deux étaient

Dépendants de ton sourire

Ils ne naissaient

Que lorsqu’il se dressait

Florissant comme un délire.   


  

 

 

La muse et le poète


 


Un matin frais

Comme l’aire dans les hauteurs

Comme l’est au petit matin

Une jeune fleur

Le poète

Rencontre sa muse

Plus lumineuse

Qu’une méduse

Plus fine

Que le parfum

Qu’offre au monde

Comme une onde

Ronde

Une fleur qui est

Aussi brune que blonde

 

Le poète rencontre sa muse

La muse chantant

Offre

Du sens

De l’encens

Le poète tenant sa lyre

Cherchant les mots dans

Sa tirelire

Compose

Avec des pétales une rose

Un océan pour l’avenir…..



 

 

 

Pour citer ces poèmes


Khalifa Baba Houari,  « Supplique du souffle »,  Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-a-te-voir-la-muse-et-le-poete-117752857.html/Url.

 

Auteur(e)

Khalifa Baba Houari est né à Méknès en 1964. Il y a suivi ses études primaires, secondaires et universitaires. Il a fait sa formation professionnelle en tant que professeur du secondaire du français langue étrangère à l’École Normale Supérieure de Méknès et à l’École Normale des Garçons à Douai en France.

Homme de culture de caractère à la fois humaniste et encyclopédique. Il écrit, en arabe, en français et parfois en anglais, la poésie, le théâtre, la nouvelle, le roman, le scénario. Critique littéraire, il aime travailler en profitant de tous les courants et de toutes les écoles et les théories de la critique. Il a publié quelques-uns de ces écrits (création littéraire et critique littéraire) dans des journaux et des revues marocains et arabes et sur son site web en arabe. Il pense publier ses manuscrits (plus d’une dizaine dans des domaines différents du savoir et de la création littéraire) sans y donner une grande importance (l’exemple de Kafka l’a toujours tenté). Traducteur de l’arabe en français et vice-versa, il traduit par plaisir les œuvres de ses amis. Une de ses traductions est publiée chez Édilivre à Paris. Pédagogue et didacticien, il s’intéresse à l’enseignement et à ses problèmes. Il a publié en ligne un Précis grammatical qui traite de la grammaire française. Passionné d’art dramatique, il a écrit, monté et mis en scène plusieurs pièces de théâtre surtout pour enfants. Vouant son intérêt au travail associatif, surtout dans le domaine culturel, il dirige, étant le président de l’Association Chorouq Méknassi,  l’organisation de trois activités annuelles nationales et arabes (on commence l’ouverture sur l’international) : la rencontre de la nouvelle, le colloque sur la poésie et le festival du patrimoine populaire.

 
Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes

 

La  femme du Harem,

 

 

La  fleur maladive 

 

&

 

Le lierre 

  François Térrog

 

 

jardin 6 72

©Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 

 

 

La femme du Harem


 

Elle disait

Je suis prise au piège

Mon corps est tourmenté

Mais le hamac défait ne semblait condamner

Son joli maquillage et ses cheveux soyeux

Sa gorge délicate et ses pieds minuscules

Et le drap blanc planté entre deux arbres longs

Semblait dire à Monsieur

Voyez la paix m’habite

Je ne suis point esclave d’aucun parti

Ni fille tributaire d’un délire des aïeux

Et les grandes herbes vertes

S’affolaient sous le vent

Et elle riait heureuse

Glosant de ses serments

Autour  du carré vert

Un tapis d’ornement

Avec des fruits secs et puis quelques bougies

Elle disait

Je ne suis   nue que pour vous mon bel ami

Mais  déjà son front hanté mentait obstinément

D’un tatouage doré  au creux d’une douleur

Le poids de son passé  comme un encre du cœur

 

 

La fleur maladive


 

 

Je suis la femme aimée

Fleur bien maladive

Qui demande à éclore

Au soleil de l’amour

 

J’ai pour pétale corole

Corole de velours

Et  mon sang est si frais

Qu’il enchante le jour

La rosée du matin

Abîme ma douleur

Et  celui qui me voit à la lueur de l’aube

Sait que parfois de  fleur malade une belle est éclose

Une belle sans souci

Courant dans son jardin

Disant à Monseigneur

 

La ronce à votre honneur

Et le cœur au garçon

J’ai habillé ma jupe

D’un beau sourire fripon

 

 

 

Le lierre

 

Elle ne vit plus pour lui

Mais elle vit pour un autre

Et son jardin planté est un chemin de lierre

Et s’en va puisatier comme d’un retour d’enfer

Souffrant de la chaleur tout près des herbes chaudes

Et son heure est un jour qui change de lumière

Des ténèbres aux grands jours

Un bellâtre amoureux

Qui lui dresserait des lianes

Dans son corps tenté

Pour mieux dire à la chaire

Vous êtes plus q’humaine

Ainsi redevenir, la plus belle et la même

Pour l’autre qui l’inspire

Femme Satan  sourire

Et le souper est prêt

Voila ses invités

Qui dinent négligemment  près d’un chemin de roses

Aux épines joyeuses

 

      

Pour citer ces poèmes


François Térrog, « La  femme du Harem », « La  fleur maladive »  & « Le lierre », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1erjuin 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-la-femme-du-harem-la-fleur-maladive-le-lierre--117752860.html/Url.   

 

Auteur(e)

 

François Térrog, auteur de 2 ouvrages de poésie Les Espaces Murmurants (Éditions Praelego, 2011),  Magnétique  (autoproduction,  The bookedition,  2012). Titulaire de Maitrise de droit à l'Université de Rennes I, adjoint administratif, Térrog François est un jeune homme (34 ans) appréciant la poésie, la musique, la littérature et les arts d’une façon générale. Proposant notamment des créations poétiques, musicales, des nouvelles sur le blog : url. http://terrog.blog.lemonde.fr 

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes

La Maison des Pages,  

 

 

La mêlé, Le Papillon d’Or,  

 

 

 

L’être maison &  Ô Toi, ma Terre !

 

Camille Aubaude

Textes  reproduits avec l'aimable autorisation

de la poétesse et de sa maison d'édition

  

 

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c5/Falero_Luis_Ricardo_Lily_Fairy_1888.jpg

Crédit photo : La fée Lily par Luis Ricardo Falero (1851–1896) 


La Maison des Pages

 

 

 

Puis j’ai enseigné le Mystère des fées

Régénérée par un fleuve d’ambre :

Qui peut m’entendre quitter ma chambre

À Minuit dans la Maison des Pages ?

 

Près de ma sœur endormie, je m’éveille.

Et j’appelle le Sommeil à grand cri.

Il vient à sa guise ; muet, il veille

Sur la nuit de la Maison des Pages.

 

Tendre secret d’une habitation

Partagée où la respiration

D’une Âme coule sur les marches

De pierre de la Maison des Pages.

 

Fantasia de papiers et de livres

En des pièces de matière en fusion.

En bas, dans la cuisine, le café

Parfume l’entière Maison des Pages.

 

J’inscris l’étrange maison sur une île,

L’île de mes cahiers aux plages

Où courent les chiens noirs. J’écris le flux

Des orages de la Maison des Pages.

 

De jour et de nuit, les vagues soulèvent

Une femme seule et humble attachée

À des ombres, espoir de rencontres

Près des autels de la Maison des Pages.

 

Têtes de morts aux yeux éclairés

De bougies ; là, des tables sont dressées

Près d’un vaste squelette posé contre

L’acacia de la Maison des Pages.

 

Des crânes jaillissent d’un coffre,

Volètent vers le miroir qui réfléchit

Le désordre de choses étrangères

Au calme de la Maison des Pages.

 

Ah ! comme cette maison est mienne.

Les décorations funèbres, les chandelles

Du jardin et l’autel des sacrifices

Me ramènent à la Maison des Pages.

 

Cèdres, tilleuls et marronniers s’élèvent

Contre le mur érigé par le Poète

Pour le malheur de trois générations

Nées en prison dans la Maison des Pages.

 

Papiers découpés mauves et blancs, squelettes

En carton-pâte jouant de la guitare

Fleurs safran et portraits d’êtres absents

Sont les images de la Maison des Pages.

 

Deux jeunes mariés très amoureux

Lèvent l’un vers l’autre leurs crânes dénudés.

Je peux croire au bonheur parfait.

Charmant augure en la Maison des Pages.

 

Rites, vibrations, terres dévastées,

Puissiez-vous conjurer les supplices

Quand hagards et voûtés, nous porterons

Les Poètes dans la Maison des Pages.

 

Offrandes déposées par les vivants

Au goût des revenants, bijoux complices,

Rires trémoussant de la plénitude

Des trépassés de la Maison des Pages.

 

Fantasmagorie mêlant mort et vie ;

Terre druidique aux temples endormis ;

Regards acérés des carcasses en carton,

Veilleurs sacrés par la Maison des Pages.

 

Viens, réchauffe-toi, anime la passion !

Toutes les portes s’ouvrent sans raison,

Quand des milliers d’ombres violettes

Balaient les sols de la Maison des Pages.

 

Seule face aux diplômes, aux articles

Et photos jaunis suspendus aux murs,

Pour souffler au loin les pensées faciles,

J’expire l’air de la Maison des Pages.

 

Les murs suintent, enserrant la paresse,

M’empêchent de quitter la Forteresse.

Ils assiègent les visions marcescibles

Qui fusionnent dans la Maison des Pages.

 

Vision émaillée de matins d’été

Où l’Amour naît d’un visage enchanté,

Se relève dans le regard embrumé

Du visiteur de la Maison des Pages.

 

Ames tendues, courbées, corps autrefois

Embrasés, vos sourires irradient,

Vos esprits ensemencent les arcures,

Points cardinaux de la Maison des Pages.

 

Ô mon âme vivace ! l’orbe de ton chant

Élargit les voûtes de la chambre,

Vient sculpter la pierre d’absence

Dès Minuit dans la Maison des Pages.


 

 

 

 

 

 

La mêlée

 

 

 

La Poésie éveille la risée

tel le péché d’originalité.

Les bannis de talent sont bouche bée

Si, impavide, rayonnante Beauté

elle rit au-dessus de la mêlée.

 

Quand elle descend dans l’arène,

elle attire sur ses arbres la foudre.

Piétinée, massacrée, elle peine

à aider ceux dont il faut découdre

les marchands au sourire amène

qui se rient du talent.

 

 

 

 

 

Le Papillon d’Or

 

 

 

Souviens-toi des papillons bleus, jaunes et blancs,

Des sphinx aux yeux de pourpre voltigeant

Dans le parfum des joncs du jardin d’enfance.

 

Souviens-toi de l’âge voué à la chrysalide

Où les filets taraudent les chenilles,

Éclats furtifs sur le trèfle d’émeraude.

 

Les astres révulsés bondissent sur ton corps.

Sur l’herbe noire, des iris bleus, jaunes ou blancs

Défient le ciel pour défendre le roc éventré.

 

Toi qui meurs, vois éclore le Papillon d’Or !

Il est seul ; il cisaille de son vol dégingandé

La cime qui voulait danser avec le soleil.

 

Je rêve ses courbes ouvertes pour l’aulnée,

Un jour glissant dans l’ondoiement des nymphes.

Vois son aile ruisseler des buées de l’arc en ciel !

 

Je t’aimais papillon fort, tel que moi, morcelé,

Quasimodo d’une architecture brimbalée :

Tu es le ciboire de la Nature bénie d'amour.

 

Danse, danse, papillon blanc, bleu et or,

Danse au seuil du jardin d’enfance,

  Sphinx à l’œil de sang, voilier de l’âme

 aux antennes fossoyeuses de la Terre.

 

 

 

 

 

 

 

L’être maison


 

 

I

 

 

Écoute-moi ! je tombe, disloquée

par la sécheresse, saturée d’errance,

lourde d’intempéries, femme restée

debout qui relève les morts au champs

d’honneur : j’aspire à quoi ?

 

Maison, regarde-moi ! J’enlève tes pierres.

Tes pans de bois glissent de mes doigts.

Et tes briques ? En miettes au pied du rocher.

Qu’en dis-tu ? Je fantasme la nuit,

J’aurais dû, je ferai… le crime parfait.

 

Les murs de ma demeure implorent ton retour.

Entends leur doux appel, toi qui erres, délaissé !

Que ta voix ne trouble pas celle qui aime,

Et cherche à regarder le futur,

Pétrifiée d’enfance.

 

Présence des pierres qu’aucun vent ne frôle,

Craquements de l’ouverture des abîmes,

Prison de silence dans l’espace de l’été.

Je suis lasse, encore vivante.

Je pleure pour exister.

 

 

 

 

 

 

II

 

 

 

Dans les murs, il y a des voix,

les chants légers d’autrefois.

Des algues s’étirent dans l’ombre,

un flot de présences sans nombre.

 

Je t’embrasse dans la maison

et puis je vais dans mon jardin

survivre enivrée de nuages.

 

La lumière ouvre des brèches

dans les pièces emplies de bruit :

c’est la pluie contre les carreaux.

La rue jaillit d’un réverbère.

 

Je t’enlace dans la maison

et puis je dis à mon jardin

de recueillir l’eau des nuages.

 

Les herbes poussent au creux des murs,

Les fleurs se referment le soir.

J’inspire l’odeur des broussailles,

senteurs des chambres dans la nuit.

 

Je t’épouse dans la maison,

telle le lierre du jardin

je m’élève jusqu’aux nuages.

 

Les oiseaux enchantent les arbres

qui respirent dans ma mémoire.

Le corbeau dit : sois immortel !

Nos corps se noient dans la maison.

 

 

 

 

 

Ô Toi, ma Terre !

 

 

 

 

Colombe qui porte le Nom,

sais-tu que je suis faite pour me brûler les ailes

comme les Papillons amoureux de la Flamme ?

 

Je suis bien hors de mon pays

en des Maisons aux langues étrangères

dont j’entends l’Essentiel !

 

Reine de la Paix, tu es Celle qui est.

Il est encor une Mission extrême,

lavée des désirs impurs du fatras catholique

sous l’écorce pleine de vers de notre basse époque

aux émotions déréglées, aux attentes vaines

qui se veulent éblouies mais ne sont que prisons

depuis que le grand capital entretient

un faux rêve.

 

Ah ! la Terre m’étreint

Elle ne dit rien en vain

Terre de Genèse !

Elle donne sa Volupté d’airain

bruissant d’oiseaux et de graines de vie :

 

Quinoa 

Quiwicha

 

et de fruits :

 

Grenada

Passion

 

Le Bonheur est en ce monde pas dans l’autre.

 

Tu le dis, ô Mon Ange

au Visage radieux, si exaltant, qu’il faut le croire !

Parée de nobles Boucliers d’Or

lorsque volètent d’incandescents Papillons,

Tu l’enfouis en mon Âme

pour nous éveiller en Grâce et en Beauté.

 

Je t’aime, oui, comme je t’aime

d’Amour sacré !

     

 

Pour citer ces poèmes

 

Camille Aubaude, « La Maison des Pages », « La mêlé », « Le Papillon d’Or », « L’être maison » & « Ô Toi, ma Terre ! »  (poèmes reproduits avec l'aimable autorisation de la poétesse et de sa maison d'édition), Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-la-maison-des-pages-la-mele-le-papillon-d-or-l-etre-maison-o-toi-ma-terre--117752875.html/Url.

 

Auteur(e)

Camille Aubaude, née à Paris, est la poétesse française contemporaine la plus invitée et la plus traduite à l’étranger. Son doctorat sur Gérard de Nerval, Le Mythe d’Isis, a posé les bases de ce mythe littéraire. Il a été écrit en même temps qu’un essai d’histoire littéraire innovant un enjeu majeur de la critique moderne: Lire les femmes de lettres(1993). Dans les années 2000, le recueil Poèmes d'Amboise, relié au récit poétique, La Maison des Pages, et à La Sphynge, ont rencontré une audience internationale. Camille Aubaude est connue pour son utilisation des formes poétiques rares, les ballades, les rondeaux, les épyllions, des miniatures épiques. Un des thèmes récurrents de son œuvre est la femme mythique. « Les beaux textes sont une bénédiction. Ceux de Camille Aubaude nous prennent à chaque fois. Lumière, douceur, vérité, plaisir renouvelé, enchantement d’une langue superbe, puissamment subtile, tissée des pieds à la tête par la beauté. » (cf. 
Marie-Hélène BREILLAT)

   

Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013

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Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

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